ETHOLOGIE ET ECOLOGIE


Réactions aux stimuli ; Attaque et défense ; Émission de lumière ; Activité constructrice ; Habitat ; Pseudoparasitisme ; Rôle économique

 

Réactions aux stimuli


Tact


La sensibilité tactile est d'autant plus grande que l'animal est plus agile; les soies des antennes, organes récepteurs, sont d'autant plus abondantes que le sujet est plus actif. Elles fournissent des renseignements pour l'orientation: sans antennes, l'animal ne peut franchir un obstacle.
Chez les Pauropodes, le tact dépend d'organes spéciaux, les trichobothries, longs poils mobiles au fond d'une dépression tégumentaire caliciforme.
À une pression sur le corps, les Diplopodes répondent par un enroulement ou une immobilisation réflexe semblable à la simulation de la mort de nombreux Arthropodes.
Les Chilopodes ont un stéréotropisme accentué (besoin d'un contact avec un corps dur).


Odorat, goût


Le siège de l'olfaction serait dans les chevilles des antennes et les quilles sensorielles de l'extrémité. Pour certains auteurs, ce serait également l'organe temporal, par analogie avec des organes sensoriels des Insectes dont le rôle olfactif a été prouvé. L'animal est surtout guidé par l'odorat pendant la marche; il explore le sol avec les quilles du dernier article antennaire.
L'odorat des Chilopodes est très développé; cependant, Lithobius n'est guidé vers sa nourriture ni par la vue ni par l'odorat, mais plutôt par le tact: privé d'antennes, il ne peut rechercher ses aliments et meurt de faim.
Le goût a son siège à la base des quilles des palpes des mâchoires et du gnathochilarium.


Ouïe


Les organes particuliers de la hampe antennaire de Scutigère sont auditifs mais les autres Chilopodes ne semblent pas avoir de sensations auditives. Le globulus des Pauropodes est peut-être un organe auditif, son ampoule jouant le rôle de caisse de résonance.


Vue


La vision est assurée par des ocelles. Chez les Scutigères, les ocelles (100 à 600) sont groupés et l'ensemble a l'aspect d'un œil composé d'Insecte. L'ocelle ressemble à l'ommatidie des Insectes et des Crustacés Les formes aveugles répondent plus rapidement que les oculées aux excitations lumineuses; les ocelles ne sont donc pas les seuls organes photorécepteurs. Les sensations sont alors dermatoptiques.
L'évagination digitiforme du septième article antennaire du Diplopode aveugle Polydesmus pourrait être l'organe photorécepteur.
La vision doit être très fruste, même chez les oculés; ils voient à courte distance et semblent mal interpréter les formes.


Autres formes de sensibilité


La réponse aux vibrations est la mise en marche, l'immobilité ou l'enroulement suivant l'intensité de l'excitation. Le siège est attribué aux poils tactiles des antennes.
La géotaxie est positive chez les Diplopodes. Les organes récepteurs pourraient être les organes temporaux qui existent chez de nombreux Diplopodes et quelques Chilopodes. Ce sont des invaginations tégumentaires de formes variables. Leur structure rappelle cependant celle d'organes olfactifs des Insectes.
La sensibilité thermique est bien développée. La vitesse de déplacement et l'activité sexuelle augmentent avec la température. On n'a pas reconnu de sensilles spécifiquement thermorécepteurs.


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Attaque et défense


Les Chilopodes possèdent dans leurs forcipules un puissant instrument inoculateur de venin. Les accidents mortels chez l'Homme dus à la morsure des Scolopendres sont rarissimes et ne peuvent survenir que chez de très jeunes enfants mordus en des régions très précises du corps (tête, cou, par exemple). Les effets des morsures ont été très exagérés. Dans les régions tempérées, on distingue deux sortes de morsures: une d'hiver insignifiante, une de printemps plus sérieuse. La douleur et l'enflure peuvent être vives et importantes. Par contre, la morsure est mortelle pour les Arthropodes et quelques petits Mammifères. La Scolopendre est immunisée contre son propre venin. La quantité de venin émise est quatre fois plus petite que celle du Scorpion; il hémolyse le sang des Mammifères, et ces propriétés peuvent être exaltées par l'adjonction de substances lipoïdes.
Les Géophilomorphes sécrètent en outre, par leurs glandes ventrales, un liquide gluant renfermant de l'acide cyanhydrique; les petits Arthropodes y sont sensibles.
Les Diplopodes, longtemps considérés comme inoffensifs, peuvent être dangereux aussi bien pour l'Homme que pour les animaux en raison des poisons qui s'écoulent par les pores (une paire par anneau) des glandes répugnatoires. Les différents principes actifs du venin semblent être spécifiques des groupes systématiques. Ce sont l'acide cyanhydrique associé à des produits dérivés d'un glucoïde par hydrolyse chez les Polydesmides, des quinones irritant la peau chez les Iuloïdes, de la glomérine et de l'homoglomérine chez les Glomérides.
La substance sécrétée par les Polydesmoïdes est naturellement toxique et les indigènes du Mexique en utilisent des extraits, associés à ceux de plantes, pour empoisonner leurs flèches. Un petit Polydesmide du Soudan est aussi riche en cyanure que les plantes cyanogènes les mieux pourvues (de 57,3 mg à 89,77 mg pour 100 individus). Les organes de décharges cyanogénétiques comportent un réservoir spécial, ou vestibule, dans lequel la sécrétion de la glande, composé cyanogène inoffensif, est décomposée par un facteur chimique au moment de la décharge. Cela explique pourquoi les Polydesmes, sensibles au cyanure sont capables d'émettre une substance toxique sans en être incommodés.
Certains Iulides, pourtant non cyanogènes, sont dangereux pour l'Homme par leur capacité de projeter un liquide corrosif à 60-80 cm de distance. On connaît plusieurs cas de cécité momentanée ou définitive par projection de liquides dans les yeux.
La fuite est bien souvent le seul moyen d'échapper à l'ennemi, mais le déplacement est d'autant plus rapide que le nombre de pattes est moins élevé. La locomotion des Myriapodes est bien particulière surtout chez les Diplopodes dont les pattes sont très nombreuses. Les mouvements successifs déterminent des vagues qui progressent le long du corps. La coordination des mouvements est contrôlée par un mécanisme nerveux selon lequel l'excitation voyage le long de la chaîne nerveuse et engendre une série de mouvements produits par les impulsions des neurones moteurs des ganglions successifs.
La vague métachronale des Chilopodes est moins perceptible à l'œil (nombre de pattes plus faible), mais le corps ondule par une différence de phases existant entre les pattes propulsives d'un côté et de l'autre du corps
Du point de vue de l'orientation et du maintien d'une course déterminée, les excitations de provenance extérieure sont intégrées dans des centres nerveux suivant un système à afférence résiduelle ou réafférence. Un programme établi dans un centre supérieur commande à des centres inférieurs où les données afférentes et efférentes sont traitées. Ces données (excitations plus ou moins fortes) totalisées sont mises en balance et leurs "résidus" transmis au centre supérieur directeur.
Certains Pénicillates (Synxenoïdes) peuvent sauter à l'aide de leurs dernières paires de pattes modifiées.
Pour se défendre, certains Myriapodes, comme les Diplopodes Gloméroïdes, émettent des sons. Peut-être s'agit-il encore d'une sorte de comportement sexuel car on a montré récemment que la stridulation chez certains Gloméroïdes est un prélude à l'accouplement. Un Arthrosphæra indien vibre nettement lorsqu'on le saisit. Une espèce de Madagascar porte le nom évocateur de musicus .
L'émission des sons chez les Chilopodes est moins évidente. Ce sont les mouvements spasmodiques des pattes postérieures autotomisées de Rhysida nuda qui produisent des sons. Le son criard produit par les membres détachés d'une grande Scutigère de Malaisie est particulièrement efficace puisqu'il fixe l'attention des prédateurs.
L'autotomie, accompagnée de sons ou non, est un réflexe que l'on déclenche facilement par des excitations de toutes sortes. Elle est d'autant plus développée que l'animal est agile. Ainsi peut-on obtenir la perte totale des appendices chez la Scutigère qui est d'une agilité extrême.

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Émission de lumière


Quelques Chilopodes, et plus particulièrement les Géophilomorphes, laissent sur leur passage des traces lumineuses bleuâtres ou verdâtres suffisamment intenses, dit-on, pour permettre de lire le journal à leur clarté.
On n'a pas pu déceler la présence de véritables organes lumineux ou de bactéries lumineuses. L'émission de lumière est sans doute due à des phénomènes d'oxydation. Un Diplopode des États-Unis, Luminodesmus , luit dans l'obscurité sur toute la surface de son corps. On n'a pas encore expliqué ce comportement particulier; on peut seulement dire qu'il ne s'agit pas de reconnaissance des sexes.

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Activité constructrice


Pour muer ou pour protéger leurs pontes, de nombreux Myriapodes élaborent des constructions variées qui tendent à montrer un perfectionnement graduel de l'activité constructrice. On peut reconnaître plusieurs degrés de perfectionnement, allant de l'aménagement de la cavité préformée jusqu'à l'élaboration d'un édifice plus complexe, faisant appel à des capacités psychiques de plus en plus grandes. La logette d'un Polydesmide exotique, par exemple, possède un clapet interne destiné à régulariser le degré hygrométrique de la chambre et à faire obstacle à l'intrusion des prédateurs.

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Habitat

Les Myriapodes sont hygrophiles et lucifuges; on les rencontre en particulier dans les fentes du sol, les litières forestières, sous les pierres, les bois pourris. Leur hygrophilie est variable d'une espèce à l'autre; d'une manière générale, les Diplopodes sont plus hygrophiles que les Chilopodes; quelques-uns se trouvent dans les endroits sablonneux, les buissons, dans les arbres, tandis que d'autres pénètrent spontanément dans l'eau.
L'abondance des Myriapodes au niveau du sol varie suivant sa nature (sable, argile, calcaire), les saisons, mais aussi suivant les espèces.
La température joue un grand rôle dans la distribution; les Chilopodes sont eurythermes et quelques espèces se rencontrent un peu partout, aussi bien en plaine qu'en montagne. Il y a peu de formes adaptées à l'altitude et le nombre des espèces diminue au fur et à mesure que l'on s'élève.
Quelques Myriapodes ont colonisé certains milieux particuliers. Les nidicoles sont des formes banales de surface qui ont colonisé ces microcavernes que représentent les nids d'oiseaux, de petits mammifères. Les Myriapodes zoophiles peuvent être considérés comme des inquilins, mais il existe quelques espèces de Diplopodes qui sont de véritables myrmécophiles ou termitophiles.
Les cavernicoles vrais sont spécialement adaptés aux conditions particulières de vie dans les galeries profondes et obscures. D'autres espèces ne sont pas inféodées à ce milieu où elles pénètrent pourtant.
La zone subterrestre des littoraux marins a été colonisée par des Chilopodes thalassophiles, Géophilomorphes en particulier, qui vivent dans les graviers, les fentes des falaises, les trottoirs à Lithothamnium , les débris végétaux et se laissent recouvrir par la marée.

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Pseudoparasitisme

Dans le cas des fosses nasales et des oreilles de l'Homme, ce sont généralement des Chilopodes Géophilomorphes, dont le corps est filiforme, qui s'introduisent dans les sinus pendant le sommeil. Il s'agit d'un cas de pseudoparasitisme facultatif, qui est peut-être un essai d'adaptation à la vie parasitaire dans des conditions précises (parasitismeinchoatif de Giard); il ne faut pas le confondre avec la présence de Chilopodes ou de Diplopodes dans le tube digestif humain; ils sont avalés, dans ce cas, avec des aliments.

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Rôle économique


Les Diplopodes, et plus encore les Symphyles, ont un rôle économique important par leur alimentation végétale. Ils s'attaquent aux plantes cultivées. Ce sont de véritables fléaux dans certaines régions et pour certaines cultures (betterave, maïs).
Néanmoins, ils ne sont pas toujours responsables des méfaits qui leur sont imputés car ils s'introduisent dans un cycle où les premiers agents pathogènes du sol, les parasites réels, etc., occasionnent une nécrose des tissus. C'est à partir de ces tissus nécrosés que Blaniulus guttulatus agit, par exemple. La présence de "ce grand destructeur de pommes de terre ou de fraises" se constate après une première infestation. Les cultures intensives, leur mécanisation et l'emploi exagéré des pesticides et de désherbants, qui perturbent l'équilibre biologique du sol, jouent également un grand rôle dans le développement des attaques.
Comme les vers de terre, les Myriapodes contribuent à un brassage du sol, hâtent la décomposition des tissus et font entrer plus rapidement dans le circuit utile les éléments que contiennent ces tissus. En outre, un gros Diplopode de Porto-Rico peut dévorer deux mille cochenilles nuisibles en trois heures.
On a signalé en Afrique, en France, en Italie et récemment au Japon, des masses impressionnantes de Diplopodes qui se déplacent. Quelquefois, ces milliers d'individus, et même ces dizaines de milliers d'individus, troublent le trafic ferroviaire, à telle enseigne que des bombardements au gas-oil enflammé peuvent être nécessaires pour dégager la voie. Au Zaïre, Zantekius weberi formait une colonne de 150 m de long sur 0,70 m de large (5 000 individus environ). Au Japon, les chiffres records de 4 000 à 10 000 au mètre carré, soit 120 à 400 millions d'individus, sont signalés. On a publié le chiffre de 20 000 millions d'individus représentant le "réservoir vivant" de la région intéressée; chiffre très supérieur aux 65 340 000 des États-Unis. En déplacement, les Diplopodes pénètrent carrément dans les rivières. On ne connaît pas encore les causes exactes de ces déplacements, mais ils coïncident avec la période de copulation et avec la saison des pluies sous les tropiques.

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Jean-Jacques Pérès